Village des Aloès, le Finistère Catalan

Les voya­geurs ont pré­cé­dé les tou­ristes, dit-on.
Ce mot « voya­geur » porte en lui les idées nobles de quête du hasard et de goût pour l’aventure qui, à pre­mière vue, nous feraient défaut à nous, les tou­ristes. Évi­dem­ment, on peut citer des réfé­rences décou­ra­geantes : Magel­lan et son tour com­plet du monde, Tho­mas Cook, le pion­nier des cir­cuits, Alexan­dra David-Neel la grande explo­ra­trice ou encore, plus près de nous, Nico­las Bou­vier et son Usage du monde, Syl­vain Tes­son et son side-car sibérien.
Sauf qu’on n’est pas tous des têtes brû­lées. On a les traites d’une mai­son sur le dos, des enfants en âge sco­laire, des RTT stric­te­ment comp­ta­bi­li­sées. La vraie vie, quoi.
Pour­tant, grâce ou à cause des illustres per­son­nages ci-des­sus, le voyage reste ins­crit dans notre ADN. Trace de rêve, de désir ou d’inspiration, le germe est bien là. Comme eux, nous res­sen­tons un besoin de jusqu’auboutisme. Mais nous le tenons en laisse, bien ser­ré. Pour­tant, je connais un endroit ravis­sant où vous pou­vez déta­cher le col­lier pour lais­ser bati­fo­ler le voya­geur-rêveur qui vit en vous : le Vil­lage des Aloès, à Cer­bère (juste après Banyuls), là où les Pyré­nées trempent les orteils dans la Médi­ter­ra­née.
Que voi­là un curieux vil­lage de pêcheurs qui a connu bien des aven­tures… situé à la fron­tière entre la France et l’Espagne, Cer­bère pour­rait nous faire croire qu’il doit son nom à cette moche­té mytho­lo­gique de chien à trois têtes. Raté ! C’est Pom­po­nius Mela, un géo­graphe de l’Antiquité, qui l’a ain­si nom­mé parce qu’à l’époque, le sec­teur était peu­plé de cerfs. Dans un autre ordre d’idées, c’est dans ce ter­mi­nus de la France, ce Finis­tère Cata­lan, qu’est sur­ve­nu le pre­mier mou­ve­ment de grève exclu­si­ve­ment fémi­nin de l’histoire (en 1906) : celui des trans­bor­deuses d’oranges qui en avaient ras le tablier d’être payées au lance-pierre pour régler un pro­blème d’écartement des rails de che­min de fer. Alors elles ont lâché les cagettes mais pas le mor­ceau, et ont ouvert la voie de la reven­di­ca­tion à toutes les filles.
Mais ce bruis­se­ment de l’histoire n’empêchera pas le tou­riste voya­geur que vous êtes, depuis votre ter­rasse, de contem­pler le Grand Bleu et de lais­ser votre esprit s’échapper au-delà de la ligne d’horizon, loin, très loin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *