L’Hermione surgit du passé, sur la Côte Vermeille

Pour celles et ceux qui sont nés après 1990, Her­mione est la meilleure amie de Har­ry Pot­ter, une brillante élève de l’Ecole Poud­lard. Pour tous les autres, nés comme moi entre 1778 et 1990, c’est un bateau qui, au 18ème siècle, com­po­sait avec la Cou­ra­geuse, la Concorde et la Fée (que des noms de filles, notez bien), un qua­tuor de quatre frin­gantes fré­gates.

L’Hermione, superbe navire de 65 mètres hors-tout équi­pé d’une voi­lure de 1500 m² et de vingt-six canons, fut mise en chan­tier en 1778 dans l’arsenal de Roche­fort voi­sin de la Cor­de­rie Royale, en bord de Cha­rente.

Le 21 mars 1780, avec l’accord de Louis XVI qui avait encore toute sa tête, le tout jeune mar­quis Gil­bert Motier de La Fayette, major géné­ral de 21 ans, embarque pour l’Amérique. L’idée (pour chan­ger) est d’affronter les Anglais aux côtés des insur­gés amé­ri­cains qui luttent bra­ve­ment pour leur indé­pen­dance. Trente-huit jours de tra­ver­sée plus tard, La Fayette annonce au Géné­ral Washing­ton l’arrivée en ren­fort des troupes fran­çaises. Celles-ci vont don­ner une fes­sée royale aux colons, sous le slo­gan « Ame­ri­ca first ! », ou quelque chose dans le genre.

L’horizon a ceci de par­ti­cu­lier qu’il exerce sur nous une atti­rance irré­sis­tible, mais se dérobe lorsqu’on cherche à le rat­tra­per. Nos ancêtres qui ont tra­ver­sé les océans, bien avant l’Hermione, ont tou­ché du doigt cette impla­cable véri­té qui s’explique fort sim­ple­ment : la Terre est ronde. D’où que l’on parte, si l’on va tout droit, on revient à son point d’origine. Fin de l’histoire. Sauf si l’on donne un sens à son voyage.

C’est ce qu’a fait l’Association Her­mione-La Fayette, en juillet 1997, en se lan­çant dans une for­mi­dable aven­ture, la recons­truc­tion à l’identique de la fré­gate Her­mione. Ses membres cou­ra­geux et ins­pi­rés, por­tés par un même rêve, ont voya­gé dans le temps en res­tant sur place. Ils ont aujourd’hui atteint l’horizon qu’ils convoi­taient.

Après avoir tra­ver­sé l’Atlantique en 2015 pour se faire la main, puis ren­du une petite visite aux marins Bre­tons, L’Hermione a quit­té le port de Roche­fort le 30 jan­vier 2018 et a mis le cap vers le Sud. Elle a fran­chi le détroit de Gibral­tar pour remon­ter vers le Golfe du Lion, lon­geant la côte Médi­ter­ra­néenne de l’Espagne et de la Cata­logne.

Du 20 au 22 avril pro­chains, elle fera escale à Port-Vendres, dans les Pyré­nées-Orien­tales, à quelques kilo­mètres à peine de Banyuls-Cer­bère ou de Saint-Cyprien, où vous pour­rez jeter votre ancre, le temps de faire vôtre ce magni­fique rêve.

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