La bourse et la vie

Une seule et unique fois dans ma vie, je me suis retrou­vée, éber­luée, en pos­ses­sion d’un billet de 500 €. Ma mar­raine, pleine de tact, me l’a glis­sé dans la main en mau­gréant : « Mais qu’est-ce que tu veux donc que je fasse de ça ? ils n’en vou­dront pas au Super U ».

Il y a des gens qui ont un don pour vous refi­ler leurs pro­blèmes, même le jour de votre anni­ver­saire, ce qui n’est pas une excuse. Essayez donc de vous pré­sen­ter devant le tapis rou­lant avec un billet incon­ve­nant : au mieux, la chef de la caisse cen­trale vous toi­se­ra d’un air soup­çon­neux et pas­se­ra votre billet au détec­teur devant tout le monde. La honte. Au pire, c’est la garde à vue. Trop la honte. Ras­su­rez-vous, j’ai trou­vé le moyen d’écouler ce scan­da­leux bif­ton. Je suis allée à 50 km d’ici, chez nos voi­sins les com­mer­çants de la Cos­ta Bra­va, qui ont trou­vé des solu­tions avec un grand sourire.

N’empêche, tout cela fait réflé­chir. Réca­pi­tu­lons : de quels moyens de paie­ment dis­po­sons-nous ? Le chèque, certes, mais pra­ti­que­ment plus per­sonne n’en veut. La carte bleue : alors là, par­lons-en. Vous payez votre banque pour avoir le droit d’utiliser une carte, et le com­mer­çant doit rému­né­rer sa banque jus­te­ment parce que vous vous en ser­vez. Moi ça me dépasse. Il nous reste les espèces : oui, mais c’est deve­nu louche. Ça a mau­vaise presse, si j’ose dire. Et en plus, c’est plein de microbes. Quant aux petites pièces à l’allure de ses­terces romaines cou­leur vert-de-gris, elles alour­dissent le porte-mon­naie. Il y a aus­si des méthodes asep­ti­sées : le paie­ment sans contact, le vire­ment… pas tou­jours adap­tés à la situation.

Ce qu’il fau­drait, c’est qu’on se détende un peu, vous ne trou­vez pas ? déjà que le bud­get vacances est plus ou moins ser­ré, et sou­vent plu­tôt plus que moins, ce serait bien de pou­voir l’écouler sans arrière-pensée.

Le com­mer­çant qui vous demande des espèces n’est pas for­cé­ment le des­cen­dant direct d’un par­rain Corse. Celui qui ne prend que les chèques, n’a pas néces­sai­re­ment le goût du risque ou l’esprit de contra­dic­tion. Et vous ne pour­rez jamais, à la plage, payer vos chou­chous par virement.

 

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